Eureka

Alonso, Lisandro
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Lien vers l'oeuvre

Résumé

Alaina est accablée par son travail d'officier de police dans la Réserve de Pine Ridge. Elle décide de ne plus répondre à sa radio. Sa nièce, Sadie, attend son retour pendant une longue nuit, en vain. Sadie, triste, décide d'entamer son voyage avec l'aide de son grand-père. Elle s'envole dans le temps et l'espace vers l'Amérique du Sud. Elle ne regardera plus de western en noir et blanc, qui ne la représentent pas. Tout lui semble différent quand elle commence à percevoir les rêves d'autres indiens qui habitent dans la forêt. Ses conclusions sont incertaines... Les oiseaux ne parlent pas aux humains, mais si seulement nous pouvions les comprendre, ils auraient sans doute quelques vérités à nous transmettre.

Notre avis

Avec Eureka, Lisandro Alonso réalise un film inclassable et fascinant qui montre une autre Amérique, à travers le regard d’un cinéaste qui a voulu s’intéresser à des communautés qui vivent à la marge, dans l’indifférence du reste de la population.
Une partie du film de déroule de nos jours, dans une réserve du Dakota du Sud, une autre se situe au Brésil dans les années 70. Mais Eureka s’ouvre par une introduction trompeuse, un western en noir et blanc qui s’avèrera être diffusé sur la télévision de Sadie.
L’une des pistes de ce passage entre les deux parties du film, Lisandro Alonso l’explique en disant qu’il a « voulu créer un lien entre le passage du temps et les différents peuples qui ont vécu sur cette terre depuis le tout début, bien avant la colonisation ». Il a aussi « souhaité comparer les communautés d’Indiens d’Amérique du Nord à celles qui vivent près de l’Amazonie et qui ont fui la modernité dans l’espoir de préserver leurs traditions ancestrales ».
Centré sur le personnage de Sadie, le récit s’avère donc complexe, fait d’élans poétiques et de réflexions sur la société, le temps, la nature. Comme dans les précédents films d’Alonso, Eureka se situe dans des lieux isolés.
Alaina est policière dans la réserve de Pine Ridge, où les informations passent par sa radio de son véhicule, seul lien qui la relie au monde au cours de ses journées de travail. Elle coupe sa radio tandis que sa nièce Sadie l’attend désespérément en compagnie de son grand-père. Celui-ci, va libérer le corps astral de la jeune femme et ainsi l’emmener dans la seconde partie du film, où elle va renouer avec ses racines amérindiennes située au cœur de la forêt amazoniennes.
Dans Eureka on voit un oiseau migrateur que Lisandro Alonso utilise comme passeur entre les récits. « Je me suis aussi intéressé aux oiseaux, à leur capacité à voler et à leur liberté. À leur aptitude à migrer d’un continent à l’autre, sans se soucier des frontières, des barrières douanières ou des questions de comptes en banque ! ».
Le réalisateur a travaillé pour les trois parties de son film sur des formats et des textures différents. A la magnificence du noir et blanc répond la luxuriance du segment amazonien. Entre temps, on découvrira un Dakota sombre avec le volet consacré à Alaina et Sadie. Souvent à la frontière du documentaire, cette fiction oscille entre réalité et rêve, dans un élan contemplatif parfois proche du travail d’Apichatpong Weerasethakul.