Résumé
Maria Luisa est une femme, belle, intelligente, au caractère fort qui doit néanmoins se débattre depuis toujours contre sa condition. Elle est retornada, née dans une ex-colonie portugaise, et en surpoids. Si son histoire peut être cachée, son poids, lui, n'en finit pas de l'encombrer et de marquer la distance entre elle et les autres. Elle est comme prisonnière d'elle-même, son corps formate ses relations professionnelles, amicales et amoureuses. Depuis son adolescence, elle subit la tête haute. Son grand amour, passionnel et charnel, se mourra de honte et de conformisme. Sans larmoiement, ni victimisation, la narratrice dénonce le mépris et le manque de tolérance de la société tout en dévoilant les mécanismes de défense, l'humour étant l'un d'eux. Un roman bouleversant, d'une grande sensualité, à l'écriture incisive, crue et puissante.
Notre avis
Proche de chez nous géographiquement, le Portugal et la littérature lusophone (écrite en langue portugaise, qui comprend également les auteurs brésiliens, angolais, etc.) restent assez méconnus du grand public, encore plus leurs autrices féminines (ceci s’explique notamment par un manque cruel de traductions). Avec l'autrice Isabel Figueiredo, une porte d’entrée idéale semble s’ouvrir.
Dans Carnet de mémoires coloniales, l'autrice abordait la découverte de la sexualité dans un Mozambique portugais en pleine décolonisation et son retour forcé dans son pays natal inconnu. Cependant, dans La Grosse, Isabela Figueiredo se concentre sur l'après de son exil et sur la construction de sa vie de femme. Considérée comme retornada (une personne portugaise née dans une ancienne colonie portugaise), l'autrice vit un déclassement décuplé par la problématique de son poids. Tout au long de sa vie, elle grossit ; la nourriture devient son refuge. Au fil des pages, après une opération gastrique, la narratrice tente de comprendre les raisons profondes de cette relation complexe avec son corps.
Est-ce seulement son poids qui la paralyse tout au long de son existence ?
La Grosse est également un roman qui explore des interrogations universelles : la mort inévitable des parents, une envie sanglante de maternité, des relations amicales tordues ainsi qu'un profond sentiment de lassitude et d'incompréhension. Chapitre après chapitre (qui porte aléatoirement le nom des différentes pièces d’une maison), il est impossible de vraiment savoir de quoi il va être question ; les différentes périodes de sa vie s'entrelacent sans pause, passant de l'adolescence à la vieillesse sans transition. Elle expose notamment certaines de ses relations les plus importantes et symboliques, à l'instar du personnage de sa mère, étouffant et mystérieux, qui ne se remettra jamais complètement des dix années loin de sa fille unique, rapatriée en urgence ; de son amie Tony, ensorcelante ; de sa chienne, toujours fidèle ; et surtout de David, le seul homme qu’elle aimera, qui semble la hanter décennie après décennie.
Lire La Grosse, c’est aussi pénétrer les pensées d’une femme sans être un voyeur pour autant ; Isabela Figueiredo dévoile entièrement ses réflexions et ses idéaux autour de thèmes centraux tels que la sexualité, le racisme et son rapport au corps.
Dans la veine d’Elena Ferrante (L’amie prodigieuse, La poupée volée), Isabela Figueiredo nous offre aussi un panorama d’un Portugal traversant de grands bouleversements politiques et sociétaux, entre la Révolution des Œillets et la fin des colonies portugaises, narré du point de vue d’une femme sillonnant entre ses différents mondes.