Résumé
Román et Morán, deux modestes employés de banque de Buenos Aires, sont piégés par la routine. Morán met en œuvre un projet fou : voler au coffre une somme équivalente à leurs vies de salaires. Désormais délinquants, leurs destins sont liés. Au gré de leur cavale et des rencontres, chacun à sa manière emprunte une voie nouvelle vers la liberté.
Notre avis
Film fleuve, structuré en deux parties, la vision de Los delincuentes est une aventure passionnante qui laisse de délicieuses réminiscences.
Dans la routine des journées passées à la banque qui ouvrent le film, on sent déjà poindre le désir de liberté. Morán a tout prévu. Il va dérober l’argent nécessaire à deux personnes pour vivre jusqu’à l’âge de la retraite. Il se dénoncera, purgera une courte peine durant laquelle il confiera l’argent à Román, son collègue et complice malgré lui, puis coulera des jours heureux, enfin libre. En prison, ce n’est pas tout à fait aussi tranquille que prévu, au point que l’autorité représentée par son chef à la banque ressurgit en la personne du mafieux qui contrôle les prisonniers, incarnée par le même acteur.
C’est que Rodrigo Moreno aime les correspondances, les jeux, et s’en amuse tout au long du film. Ainsi, ses deux personnages principaux et les baigneurs rencontrés par Román ont des prénoms anagrammes (comme d’ailleurs son collègue et lui-même), et dans une scène joyeuse, ils jouent à trouver des villes commençant par la dernière lettre de la précédente. Des séquences en split-screen relient les deux employés de banques et finalement une femme fera le lien entre eux.
Si avec ce film Moreno met en regard obéissance et rébellion, il se plaît aussi à opposer la géométrie des espaces, filmant ici la minéralité, la verticalité des immeubles et la promiscuité dans des séquences urbaines qui semblent préfigurer l’enfermement bien réel de la prison. Ailleurs, il regarde la plaine ou les accidents du paysage naturel comme des lieux de liberté, d’ouverture et de possibilités d’aventures.
Avec Los delicuentes, on peut goûter le beau talent du réalisateur quand il s’agit de faire cohabiter les genres. Il sait ainsi mêler avec fluidité film enquête, film de prison, romance et western. Il parvient à insuffler quelques moments magiques comme cette très belle séquence où, depuis sa prison, Morán lit le poème de Ricardo Zelarayán L’obsession de l’espace, créant l’ellipse du passage du temps.
On peut compter Los delincuentes, film dont l’optimiste et la sensibilité libertaire fait du bien, comme une nouvelle perle d’un cinéma argentin en plein renouveau.