Résumé
Dans l'entourage d'Anne Humbert, tout le monde déserte ou veut déserter. En projet : devenir maraîchère bio, paysan-boulanger ou charpentière. Problèmes de boulot, problèmes de couple ? Il faut rompre, déserter, c'est la solution. Un acte de rupture radicale qui pourrait même favoriser une transformation sociale positive, écologiste et anticapitaliste. L'autrice, elle, ne pense pas que la désertion améliore la société, ni même qu'elle soit un acte subversif. La désertion repose sur un imaginaire néolibéral, individualiste et inégalitaire et seules les personnes dotées d'un fort capital économique, social et culturel s'en sortiront. Mais qu'en est-il des autres ? L'autrice Anne Humbert est ingénieure et n'a pas pour plan de carrière de déserter (oui, c'est possible ! ).
Notre avis
Un essai très court (54 pages) mais qui déconstruit méthodiquement le mythe de ceux qui "plaquent tout". Alors que la société valorise celles et ceux qui ont eu le courage d'abandonner un CDI bien payé pour se lancer dans une activité manuelle précaire, Anne Humbert démontre très simplement que cette possibilité sert avant tout le néo-libéralisme et favorise l'individualité. Pire encore, déserter des secteurs problématiques (finance, énergies...) ne serait pas la solution pour aller vers une société plus écologique mais bien le problème et la source de toujours plus d'inégalités. Enfin, si des ingénieurs peuvent se permettre de devenir boulangers, l'inverse est assez peu probable. Les ressorts sociologiques à l'œuvre ne permettent pas à qui le veut de tout plaquer avec les mêmes facilités.
Un texte utile et très efficace qui questionne la question du travail et du rôle de chacun dans la machine économique.